VII
Audrey portait un ensemble de flanelle gris. Elle était très pâle et son entrée remit en mémoire à Battle les paroles de Kay : « C’était comme un fantôme grisâtre qui se glissait dans la maison ! »
Avec simplicité et sans émotion apparente, elle répondit aux questions de Leach. Elle était montée à sa chambre vers 10 h, en même temps que miss Aldin, et elle n’avait rien entendu durant la nuit.
— Vous me pardonnerez, dit Battle, de me mêler de vos affaires privées, mais j’aimerais savoir comment il se fait que vous vous trouviez ici ?
— Je viens toujours à la Pointe-aux-Mouettes en septembre. Cette année, mon… ex-mari m’a demandé si je voyais un inconvénient à ce qu’il fût ici en même temps que moi…
— L’idée venait de lui ?
— Certainement.
— Elle ne venait pas de vous ?
— Pas le moins du monde.
— Mais vous l’avez approuvée ?
— Oui… J’ai eu le sentiment que je ne pouvais pas faire autrement.
— Et pourquoi donc ?
Elle répondit, esquivant la question :
— Je n’aime pas me montrer désagréable.
Battle, sans transition, aborda un autre sujet.
— Les torts ont bien été pour votre mari ?
— Je vous demande pardon ?
— Je parle de votre divorce. C’est vous qui l’avez demandé.
— Oui.
— Est-ce que… Je m’excuse de poser la question… Est-ce que vous gardez à votre mari quelque rancune ?
— Non. Pas la moindre.
— Vous êtes une âme généreuse, Mrs. Strange.
Elle ne répondit pas. Il essaya du silence, mais Audrey n’était pas Kay, pour être par ce moyen incitée à parler. Elle pouvait se taire sans se trouver mal à l’aise et Battle dut bientôt reconnaître sa défaite.
— Vous êtes sûre, reprit-il, que, cette rencontre, ce n’est pas vous qui l’avez voulue ?
— Absolument.
— Vous êtes en bons termes avec la seconde Mrs. Strange ?
— Je crois qu’elle m’aime bien.
— Et vous, vous l’aimez ?
— Oui. Je la trouve très jolie.
— Je vous remercie, Mrs. Strange. Je crois que c’est tout ce que j’avais à vous demander.
Elle se leva, se dirigea vers la porte, puis revint sur ses pas.
— Je voudrais vous dire…
Elle s’interrompit et reprit, parlant très vite et avec une certaine nervosité :
— Vous croyez que Nevile l’a tuée pour entrer en possession de son héritage ! Je suis sûre que ce n’est pas vrai ! Nevile n’aime pas l’argent, il ne l’a jamais aimé ! Je suis placée pour le savoir, ayant été sa femme pendant huit ans. Je ne le vois pas tuant quelqu’un pour de l’argent !… Ça ne lui ressemble pas !… Je sais que des affirmations ne sont pas des preuves… Mais je vous supplie de me croire !
Ayant dit, elle pivota sur ses talons et sortit rapidement.
— Et qu’est-ce que vous pensez de celle-là ? demanda Leach, se tournant vers son oncle. Pour moi, je ne crois pas avoir jamais rencontré une personne moins émotive.
— Tu te trompes, mon garçon, répondit Battle. Elle est émue. Ça ne se voit pas, mais elle l’est… Et même terriblement ! Ce que je voudrais savoir, c’est pourquoi !